Seul le discours prononcé fait
foi
61ème Congrès de la FNPF à
Bourges
Discours d'Yvon SARRAUTE
Vice-Président de la FNPF
Monsieur le
Directeur,
Madame et
Messieurs les Elus,
Mesdames,
Messieurs, Chers Collègues, Chers Amis,
C’est avec une certaine tristesse que je
prends la parole devant vous aujourd’hui. Tristesse, car c’est en toute logiqueChristian PAULEAU, qui a œuvré à
l’organisation de ce congrès, qui
devrait être à ma place et que son absence aujourd’hui, est directement liée aux
difficultés économiques du secteur, difficultés qui le conduisent à se consacrer
entièrement à son entreprise.
Je vous
remercie Monsieur le Directeur d’être parmi nous aujourd’hui et de représenter
Monsieur Dominique BUSSEREAU, Ministre de l’Agriculture et de
la Pêche. Je regrette son
absence qui, je l’espère, n’est pas due à un mauvais souvenir qu’il aurait
conservé de sa venue à Roussillon l’an dernier ou de nos positions dans le
processus d’élaboration du plan arboricole.
Je ne
peux que me féliciter que les campagnes de commercialisation se soient déroulées
de bien meilleure façon qu’en 2005, nous sommes des chefs d’entreprise et notre objectif est
bien de gagner de l’argent, pas d’en perdre, mais les conséquences de la crise
ne sont pas effacées et il me semble important, un an après le Congrès de
Roussillon où Monsieur BUSSEREAU avait pris la mesure de l’ampleur de cette
crise, de tirer un bilan du plan arboricole qui se voulait une stratégie de
développement de l’arboriculture.
[Mesures
conjoncturelles]
Sur le
volet conjoncturel tout d’abord, je ne peux que remercier les services du
Ministère de l’Agriculture pour leur mise en place, sans pour autant dissimuler
que nous avons du quelque fois un peu les aider pour éviter des iniquités de
traitement entre départements. Nous sommes cependant insatisfaits de
l’application d’une mesure de ce volet : l’exonération de la taxe sur le
foncier non bâti pour 2005, dont l’application a tellement été faite au cas par
cas, qu’il n’y a aucune cohérence entre agriculteurs d’un même département ou
entre départements. Pensez-vous qu’il soit logique qu’un viticulteur du Gard
soit exonéré à 100 % alors que son voisin arboriculteur, sur le point de déposer
le bilan ne le soit qu’à 40% ? Nous avons saisi plusieurs fois Monsieur
COPE et nous irons jusque devant le Conseil d’Etat si nous ne sommes pas
entendus.
Les
mesures d’arrachages, nécessaires d’un point de vue social notamment, ont été
pleinement honorées, nous vous en remercions.
Toutefois, si ces mesures conjoncturelles et de restructuration lourde au
travers de l’arrachage ne s’accompagnent pas des mesures de développement telles
qu’elles étaient prévues dans le plan, cela revient à jeter un peu d’eau sur un
feu dévorant en s’étonnant qu’il reprenne à la moindre brise.
Car je
suis obligée de vous le dire Monsieur le Directeur, notre déception est profonde
sur le volet structurel du plan arboricole.
[Volet
emploi]
Je ne
peux qu’évoquer en tout premier le volet emploi tant cet enjeu est majeur pour
le secteur. Faut-il rappeler que l’arboriculture emploie 300 000 personnes,
à des postes en majorité non qualifiés, dans des zones où l’agriculture est le
principal pourvoyeur de tels postes ? Les arrachages et cessation
d’activité ont entraîné au bas mot la disparition de 6 000 emplois dont
plus de 1000 emplois permanents. Les coûts liés à la main d’œuvre pèsent pour
plus de 50% des coûts de production de nos produits. Nous ne le disons sans
doute pas assez, la production fruitière française est une activité artisanale.
Les allègements prévus par la LOA dont les décrets d’application devaient
paraître au printemps avec effet rétroactif étaient donc très attendus. Avec une
parution en septembre, toute une partie de la production fruitière française a
été exclue du bénéfice de ces allègements.
Deuxième
déconvenue, l’allègement de
la taxe ANAEM qui bien qu’annoncé
pour 2006 et budgété dans le plan pour 3 millions d’euros, s’apparente à un
mirage. Nous l’avons vu, nous l’avons cru et quand nous voulons le saisir, il ne
reste que du vent.
Certes,
les assouplissements décidés dans les processus d’introduction de travailleurs
issus des nouveaux états membres vont être effectifs en 2007 et sont les
bienvenus pour les producteurs de fruits. Mais la réalité du marché n’attend pas
et nous nous désolons de voir se développer sur le terrain des entreprises
prestataires de service dont le siège social est en Pologne et dont le respect
du droit du travail français est douteux, faisant courir un risque juridique à
l’exploitant qui a recours à elles et qui n’a aucun moyen de
contrôle.
Une
seule mesure peut aujourd’hui garantir la durabilité de la production fruitière
française, la réforme du système de financement de la protection sociale avec la
mise en œuvre de la TVA sociale. Nous savons que ce sujet dépasse largement les
compétences du Ministère que vous représentez Monsieur le Directeur, mais le
Président de la République lui-même en avait fait un objectif pour 2006. Certes,
des travaux se sont tenus mais les arboriculteurs ne voient toujours aucun
changement à leur niveau. Vous devez œuvrer pour cette réforme à nos côtés, car
c’est la seule voie qui permette aujourd’hui de redonner efficacement de la
compétitivité à nos exploitations fruitières.
[Développement de la
demande]
Ensuite,
le plan avait l’ambition de développer la demande que ce soit sur le marché
intérieur ou sur le marché extérieur.
Il y a
urgence en
la matière. Nos enfants mangent quatre fois moins de fruits que nos
parents. Si nous n’enrayons pas le phénomène et que la concurrence des produits
importés se maintient voire se développe, le marché pour les fruits français
risque d’être divisé par 10 dans les prochaines années.
Vous
nous répondrez probablement que le
premier travail à mener est celui de
la qualité. Nous en sommes bien
conscients et la FNPF s’y est engagée depuis longtemps et continuera d’y œuvrer,
avec le soutien du Ministère en engageant un chargé de Mission dont l’objectif
sera d’évaluer la faisabilité de la création d’une marque collective et
d’établir les cahiers des charges afférents.
Ensuite,
notre secteur se doit d’être visible grâce à la promotion et à la communication,
dans un univers de consommation si varié et si riche en tentations. Plus de
quatre millions devaient être consacrés à la communication dans le plan, un seul
a été dépensé. La contribution nécessaire des professionnels à hauteur de 50%
est un critère rédhibitoire : comment demander plus d’argent aux
producteurs en temps de crise quand les trésoreries des exploitations sont
exsangues ?
Pourtant, il y a une opportunité à saisir avec le PNNS. Les fruits ont le
vent en poupe, les concurrents industriels l’ont bien compris et sans appui fort
des pouvoirs publics en la matière, ils seront les seuls à en retirer un
bénéfice. Un comble ! Même les consommateurs, dont nous avons entendu le
représentant ce matin, ont du mal à comprendre cette situation.
Ce n’est
pas une opération médiatique ponctuelle dans un aéroport ou une gare que nous
voulons voir, mais nous voulons être assurés que tous les jours, même hors des
caméras, dans toutes les cantines scolaires ou restaurants d’entreprises de
France, des fruits (plutôt d’origine locale) soient proposés aux enfants et à
leurs parents.
[Export]
A
l’export également les besoins sont urgents. La production de pommes française,
longtemps leader à l’exportation ne cesse de perdre des parts de marché. Les
enjeux sont structurels et nous ne pouvons que regretter qu’il suffise d’un
démarrage un peu plus favorable de la campagne , pour refroidir les ardeurs des
Pouvoirs publics à soutenir l’export, telles qu’elles s’étaient exprimées lors
de l’élaboration du plan.
[Prévenir les
aléas du marché, les aléas climatiques et
sanitaires]
[Aléas
climatiques]
La
production arboricole plus qu’aucune autre est tributaire d’aléas au premier
rang desquels les aléas climatiques. Il faut une année pour préparer une récolte
et il suffit de quelques heures pour l’anéantir : le gel, la grêle sont
alors les pires ennemis de l’arboriculteur. Faut-il rappeler que dans bien des
cas, il est impossible de parer à ces aléas ? Les filets para-grêle ne sont
pas adaptés à la plupart des espèces fruitières et la lutte contre le gel
ressemble plus souvent à un combat contre des moulins à vent. C’est pourquoi,
nous militons depuis longtemps pour une assurance-récolte. Or, les produits
disponibles depuis 2005 ne sont pas accessibles à notre secteur du fait de
leur coût prohibitif, mais aussi, dans certaines régions, parce que
l’arboriculture n’est pas un objectif prioritaire pour les compagnies
d’assurance. La revalorisation de l’aide d’Etat de 35 à 45% prévue dans le plan
était donc un signe fort, tant en direction des producteurs que de ces
compagnies pour justifier de l’intérêt de l’assurance récolte pour notre
secteur. Le décret fixant ce taux est paru il y a tout juste une semaine, et
surprise de taille, le taux reste à 35%. Croyez-vous que nous puissions
accepter d’être roulés dans la farine sans rien dire ? Ce que nous
redoutions est tout simplement en train d’arriver. Beaucoup de mesures, comme
celle-ci, sont des annonces dont la portée est purement médiatique ! Nous
pensions que promesse et engagement n’avaient pas la même
signification. Nous nous trompions lourdement.
[Aléas
sanitaires]
D’autant, qu’échapper aux caprices climatiques ne suffit pas, il faut
encore se prémunir des attaques des organismes nuisibles, ravageurs et maladies
qui menacent à chaque instant les arbres et les fruits qu’ils portent. Préserver
leur outil de production face à cette menace, telle est la volonté pleine de bon
sens des producteurs de fruits pour le fléau le plus emblématique,
la sharka. L’engagement semblait ferme pour les producteurs : pour 1€
investi par les professionnels, l’Etat devait mettre 1€. Or aujourd’hui, ces
« caisses de solidarité » sont inexistantes, l’Etat refusant d’honorer
ses engagements. Sur ce point encore, l’avenir des producteurs est suspendu à la
parution d’un décret.
[Aléas de
marché]
Enfin,
pour ce qui concerne les aléas de marché, nous étions pleins d’espoir en
prévision d’une réforme de l’OCM qui devait intégrer des outils d’anticipation
et de gestion de crise. Le résultat est inacceptable : non seulement, la
gestion de crise proposée ne correspond à rien. On ne peut laisser le soin aux
seules OP de mener des actions gérer une crise qui touche l’ensemble des
producteurs qu’ils soient en OP ou pas.
De plus,
cette proposition s’accompagne d’un bouleversement qui ne pourra que générer des
crises avec le découplage des aides dans le secteur transformé et plus
globalement, l’intégration des surfaces en vergers, cultures pérennes s’il en
est, dans le système de paiement unique. La Commission européenne crée ainsi de
nouvelles distorsions de concurrence entre agriculteurs, risquant d’entraîner la
délocalisation de certaines productions voire leur abandon. Monsieur BUSSEREAU
s’est clairement positionné
vis-à-vis du projet de règlement proposé par la Commission, nous attendons de
lui qu’il défende âprement les positions françaises au niveau
communautaire.
[Phytosanitaires]
Le
plan arboricole rappelait la mise en place d’un observatoire des distorsions de
concurrence, devant examiner les écarts de compétitivité liés notamment à la
réglementation phytosanitaire. Cet observatoire a été installé et en cette
période où fleurissent les prévisions astrologiques dans les magazines, nous
pouvons sans même établir son thème astral, lui prédire une activité des plus
intenses, dès cette année. Nous lui préconisons d’ailleurs de plancher en
premier lieu sur les conséquences de l’arrêté ZNT-Effluents paru le
21 septembre 2006. Un vrai cas d’école ! Nous ne contestons pas
l’objectif poursuivi pour la protection de la santé des salariés et de
l’environnement, mais lorsque nous examinons l’application pratique de cet
arrêté au niveau de notre verger nous ne pouvons que prendre peur. Les délais de
ré-entrée après traitement rendent impossible une partie des travaux à faire au
printemps en production de pomme et de pêche nectarine. Les moyens de réduire les ZNT sont, à
l’heure actuelle, inexistants en production fruitière et les ZNT correspondant
aux molécules disponibles pour certains traitements sont de
50 mètres . Les
conséquences sont économiques mais aussi sanitaires. Comment demander du jour au
lendemain de s’adapter à de telles dispositions ? Pour ce qui concerne le
tabac, un sujet touchant également la santé, les cafés, les hôtels, les
restaurants, les discothèques auront
un répit d’un an pour s’adapter à la nouvelle loi .
Oui, cet observatoire aura de quoi se
pencher sur notre secteur. Les contraintes en France sont toujours plus fortes
et l’harmonisation européenne n’existe que dans les discours : les
homologations de produits phytosanitaires, les limites maximales de résidus ne
sont pas communes. Sans parler des distorsions de concurrence avec les pays
tiers. C’est un constat douloureux pour les producteurs, dont nous avions
déjà fait part au Président de la République à l’automne 2005. Comment
comprendre l’incohérence existant entre d’une part, des contraintes
environnementales, sanitaires et qualitatives toujours plus fortes et de
l’autre, une attitude peu regardante sur les volumes importés provenant de pays
où les normes de production (environnementales comme sociales) sont très
notoirement inférieures.
[Importations]
Car la
concurrence des importations ne cesse de s’accentuer au détriment de la
production française, mais aussi du consommateur dans bien des cas. C’est
pourquoi, nous demandons au Ministre de l’Agriculture de défendre le maintien
des certificats d’importation pour la pomme tant que le nouveau dispositif
statistique de suivi européen n’a pas fait ses preuves. Nous demandons
également, leur extension à la poire.
[Rénovation
du verger ]
Enfin,
puisque le plan visait un développement de l’arboriculture française, nous
rappelons l’importance d’une politique forte de rénovation du verger. Les
producteurs de fruits doivent être en position de s’adapter aux attentes d’un
marché qui évolue de plus en plus vite : l’arbre n’a quelquefois pas
atteint l’âge de renouvellement que la variété est déjà dépassée.
[Conclusion]
Nous vous
demandons donc aujourd’hui de poursuivre l’application du plan jusqu’à son terme
et dans son ensemble. Nous ne pouvons accepter de nous en tenir aux mesures
conjoncturelles qui ont à peine permis de passer le cap d’une année difficile.
Trop de mesures manquent à l’appel. Nous avons cru à la parole d’un des plus
hauts représentants de l’Etat, le Premier Ministre. Si les engagements ne sont
pas tenus, cette confiance sera tout simplement trahie.
Pour
demain, nous demandons à l’Etat de nous aider à anticiper pour garantir le
maintien d’une production fruitière française durable. Durable ? Ca
signifie viable socialement, viable environnementalement mais aussi, viable
économiquement. Pour ce faire, l’Etat doit mobiliser tous les moyens de la
recherche (INRA) pour mener une réflexion économique prospective, investir les
moyens nécessaires dans l’expérimentation afin d’accompagner l’adaptation des
producteurs aux changements qui lui sont exigés et enfin, aider à préparer,
voire à susciter l’avènement du citoyen consommateur et du commerce
solidaire.
L’écologie
sera au cœur du débat des élections présidentielles. Les Pouvoirs publics
doivent dès à présent lancer une campagne nationale de communication pour faire
comprendre aux consommateurs français qu’en orientant leur acte d’achat, ils
peuvent contribuer individuellement à une préservation de la planète, via la
réduction des gaz à effet de serre par exemple. Une économie locale forte est la
base d’un développement durable.